Coup de gueule contre le bannissement de la souffrance

Aujourd’hui force est de constater que la souffrance a pris un tout autre sens que ce qui était avant. Quand nous parlions de souffrance dans le passé nous parlions d’accouchement, de perte d’un proche, de douleur physique ou morale grave. Aujourd’hui le spectre s’est étendu, le mot est galvaudé, on parle de souffrance au travail, ce qui se conçoit dans certains cas, d’élèves en souffrance ou encore de souffrance à la suite d’une fausse couche précoce. Alors peut-on toujours employer ce mot? Est-ce une bonne chose?

Un mot qui veut dire beaucoup de choses

Nous venons de voir que ce mot ne signifie pas toujours la même chose pour tout le monde. Mais une chose est certaine c’est que ne plus en plus la société veut le bannir de son vocabulaire. Est-ce une forme de nombrilisme?
Il est clair que les personnes qui pratiquent des métiers manuels et souvent plus dangereux que ceux des villes qui travaillent dans un bureau ont une conception très différente de la souffrance quel leurs homologues citadins. En effet, certains se montrent plus “rustiques” que d’autres et ressentent comme de petites agressions des choses qui sont tout de suite montées en épingles par d’autres. On ne compte plus aujourd’hui les cellules psychologiques, les psychologues de tous poils, les gens qui se proposent de parler des problèmes.
Idem chez les dentistes, les maternités ou les infirmeries ou les anesthésies se montrent bien plus courantes que par le passé.

Morale ou physique, le seuil de tolérance diminue avec le temps.

Est-ce une bonne chose?

Le fait de penser cela n’est pas une avancée en soi car il ne faut pas oublier que rien n’est parfait. Certes, on ne va pas laisser des gens souffrir comme des fous alors qu’on les opères à cœur ouvert mais de là à penser que les gens soient assez faibles pour laisser faire le temps pour face à la douleur représentée par une inondation dans leur ville, là c’est tout de même aller trop loin.
Pourquoi? Parce que c’est arrêter de faire confiance en la capacité régénératrice de l’humain, c’est arrêter de le faire se questionner, de le laisser apprendre. Certaines douleurs sont constructives, elles permettent de se comprendre mais aussi de faire preuve de plus d’empathie envers les autres. Quand une personne souffre vraiment il devient alors plus facile d’être à son écoute quand nous même nous avons soufferts et tirés des leçons de cela. Si au contraire on veut tout gommer, tout oublier alors on devient de plus en plus faible et son se perd soi-même en devenant un robot, une machine.

Le commerce de la souffrance

Ne devrait-on pas plutôt dire commerce du nombrilisme? C’est le problème d’une société de plus en plus tertiaire, de plus en plus connectées qui s’écoute toujours plus. Que d’articles, de livres, d’émissions télé sur l’écoute de soi! Seulement à trop vouloir s’écouter on tombe une fois de plus dans l’excès et c’est là que rien ne va plus. On doit s’écouter dans certains cas mais le secret du bonheur c’est de ne pas faire cas de tous ces petits désagréments qui ne sont que des détails de la vie, rien de plus. Certains ont bien sentie cette tendance et vendent des tonnes de conseils, de pages sur le sujet mais il ne faut pas les suivre, faire preuve d’un minimum de force morale, c’est aussi marcher sur la voie du bonheur.